Imaginer un parc d'éoliennes flottantes adossé à un système de stockage par gravité pour alimenter un port industriel, c'est se placer au carrefour de plusieurs tendances majeures : déploiement massif de l'éolien en mer, recherche de solutions de stockage durable et volonté des sites industriels de sécuriser leur approvisionnement électrique. Dans cet article je décrypte pour vous la rentabilité réelle d'un tel projet, en mêlant chiffres, scénarios économiques et retours d'expérience concrets.
Pourquoi associer flottant et stockage par gravité pour un port industriel ?
Je pars d'un constat simple : un port industriel a des besoins électriques importants, parfois fluctuants (terminal à conteneurs, industries en aval, électrification des postes de chargement). L'éolien flottant permet d'exploiter des gisements plus favorables au large, avec une densité de puissance souvent supérieure à l'éolien posé. Le stockage par gravité — concept porté par des acteurs comme Energy Vault (stockage par blocs soulevés) ou Gravitricity (stockage par chutes de masses) — offre une solution longue durée, durable (faible dégradation) et potentiellement compétitive en coût total de possession par rapport aux batteries lithium quand il s'agit de cycles profonds et de capacité de réserve.
Les flux de valeur pour un port
Avant de plonger dans les chiffres, j'identifie les sources de revenus possibles :
Hypothèses économiques et techniques de base
Pour rester concret, je propose un scénario type : un parc flottant de 100 MW (parc composé d'éoliennes 8-10 MW) associé à un stockage par gravité de 50 MWh / 25 MW (capable de délivrer 2 heures à pleine puissance). Voici les hypothèses que j'utilise pour mon analyse :
Avec ces chiffres, on peut estimer un LCOE simplifié et une rentabilité relative. Je rappelle que chaque site portuaire a ses spécificités : distance au marché, tarifs réseaux, contraintes de raccordement et possibilités d'autoconsommation influencent grandement les résultats.
Exemple chiffré simplifié
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Capacité éolien | 100 MW |
| Facteur de charge | 50% |
| Production annuelle | 438 000 MWh |
| CAPEX éolien (moyen) | 4 000 €/kW → 400 M€ |
| CAPEX stockage (50 MWh) | 25 M€ (à 500 €/kWh) |
| OPEX (éolien + stockage) | ~8 M€/an |
| Revenu énergie à 60 €/MWh | ≈ 26,3 M€/an |
Sur ce scénario brut, la production annuelle (438 GWh) multipliée par 60 €/MWh donne ~26,3 M€ par an — ce qui laisse apparaître un décalage évident face à un CAPEX élevé de ~425 M€. À première vue, le ratio CAPEX/revenu énergétique brut semble défavorable. Mais plusieurs éléments remettent les choses en perspective.
Les leviers d'amélioration de rentabilité
Risques et verrous à considérer
Scénarios de rentabilité réalistes
En pratique, je pense que la rentabilité "purement énergétique" d'un parc flottant + stockage pour la vente d'électricité sur le marché est faible sans aides (subventions, tarifs garantis) ou économies d'échelle massives. En revanche, la combinaison devient attractive dès que l'on intègre :
Un modèle économique robuste pour un port passe donc souvent par un mix : contrats long terme (PPA), diversification des revenus (hydrogène, services de réseau), et appuis financiers (Fonds européens, prêts verts). Les développeurs comme Equinor ou des consortiums portuaires l'ont bien compris en structurant des projets multi-acteurs.
Ce que je retiens
Pour un port industriel, le couple éolien flottant + stockage par gravité est une option stratégique plus qu'une simple opportunité de revente d'électricité. Sa rentabilité réelle dépendra largement de la capacité à internaliser la valeur (autoconsommation, hydrogène), de capter des revenus auxiliaires (services de réseau) et d'optimiser le financement. J'encourage les acteurs portuaires à modéliser ces différents scénarios avec des chiffres locaux et à considérer des partenariats public-privé pour réduire le risque initial.