Quand on me parle de parc d'éoliennes flottantes subventionné par l'État implanté à proximité d'un port industriel, la première question qui me vient à l'esprit est : qui gagne quoi, et à quel prix pour la collectivité ? J’ai suivi plusieurs projets en Europe — du démonstrateur Floatgen au parc WindFloat Atlantic — et ce qui apparaît clairement, c’est que la rentabilité réelle se joue à l’intersection de paramètres techniques, économiques, réglementaires et locaux. Je vous propose ici une lecture pragmatique et personnelle de cette question, en décortiquant les composantes financières, les bénéfices pour le port et les risques sous-jacents.
De quoi dépend la rentabilité « réelle » ?
La rentabilité d’un parc flottant subventionné ne se résume pas à la simple différence entre subventions reçues et revenus de vente d’électricité. Voici les principaux leviers que j’analyse systématiquement :
Quelques ordres de grandeur financiers
Pour donner du concret sans tomber dans la spéculation, je prends un scénario représentatif : parc de 100 MW flottant à 20 km d’un port industriel, coût moyen observé ces dernières années pour les projets pilotes et premiers commerciaux.
| Poste | Montant estimé (€/MW) | Total pour 100 MW (M€) |
|---|---|---|
| Éoliennes + plateformes flottantes | 2 500 000 | 250 |
| Câblage et poste offshore/onshore | 300 000 | 30 |
| Installation & logistique | 200 000 | 20 |
| Aménagements portuaires | 150 000 | 15 |
| Contingences & ingénierie | 150 000 | 15 |
| Total CAPEX | 330 |
Ces chiffres sont indicatifs : des réductions sont possibles à mesure que la filière monte en série, mais la technologie flottante reste plus chère que l’éolien posé. Le CAPEX par MW pour flottant tend à diminuer, mais il reste significatif.
Production, revenus et subventions
Avec un facteur de charge réaliste de 45% pour un site bien exposé, 100 MW produisent :
Si le parc bénéficie d’un prix garanti via un mécanisme de type contract for difference à, disons, 120 €/MWh (valeur indicative), on obtient un revenu annuel brut d’environ 47,3 M€. Sans soutien, les revenus seraient indexés au marché (parfois bien inférieurs). Les aides à l’investissement peuvent couvrir une part non négligeable du CAPEX, réduisant l’effort financier initial.
Exemple de calcul simple : LCOE et IRR
Pour estimer la compétitivité, on calcule souvent le LCOE (levelized cost of energy). En reprenant les paramètres ci‑dessus et une durée d’analyse de 25 ans :
Ce LCOE est cohérent avec des coûts observés pour la filière flottante à stade précoce. Si le tarif garanti est supérieur (ex. 120–140 €/MWh), le projet peut dégager une marge et un IRR attractif pour les investisseurs. Mais sans soutien, le LCOE dépasse souvent les prix de marché, rendant la rentabilité commerciale faible.
Quels bénéfices concrets pour le port industriel ?
Le port peut tirer plusieurs sources de valeur directe et indirecte :
J’ai vu des ports gagner significativement en activité (et en recettes) grâce à l’implantation d’un projet RE : sans oublier l’effet positif sur l’emploi local et la diversification des activités portuaires, souvent recherchée par les autorités locales.
Risques à ne pas minimiser
Quelques leviers pour améliorer la « vraie » rentabilité
Cas concrets et enseignements
Les projets comme WindFloat Atlantic (Portugal) ou le démonstrateur Floatgen en France montrent que la technologie fonctionne et peut générer de l’activité locale. Mais ils démontrent également que, pour l’instant, la compétitivité pure sans soutien est difficile. L’élément décisif reste souvent l’organisation locale : un port proactive, des partenaires industriels présents et des contrats de vente d’électricité bien négociés peuvent transformer un projet subventionné en moteur économique durable.
En résumé (sans conclure), la « vraie » rentabilité d’un parc d’éoliennes flottantes subventionné pour un port industriel dépendra autant des arrangements financiers (subventions, PPA, fiscalité) que de l’intégration locale : maîtrise des coûts logistiques, structuration d’une filière et capacité du port à capter les retombées économiques. Investir dans ces leviers est, à mes yeux, la clé pour transformer une subvention publique en un bénéfice partagé entre investisseurs, port et collectivité.